Juliette Katz : « S’aimer, c’est un long chemin »

Chanteuse, « Facebookeuse », mannequin… Juliette Katz est multiple et aime se réinventer. Cette blonde volcanique à la voix douce et sensuelle cache sa sensibilité derrière un humour redoutable mais jamais cynique et poursuit son objectif : s’aimer pour ce qu’elle est. Une quête qu’elle décrit comme un long chemin, qui n’a pas toujours été facile à emprunter. Mais avec, à l’arrivée, la sérénité…

Depuis son plus jeune âge, Juliette Katz a voulu être chanteuse. Un rêve qu’elle réalise très jeune, faisant même craquer Alain Souchon et se payant le luxe d’accueillir sur son premier album, en 2011, des pointures comme Albin de La Simone ou Sia. Si aujourd’hui Juliette continue la musique dès qu’elle le peut, elle a depuis quitté son label et ajouté des cordes à son arc. « Sortir un album coûte énormément d’argent », explique-t-elle. Et l’époque n’est pas des plus favorables pour les jeunes artistes.

Pas grave, Juliette ne manque pas de ressources. Mannequin « plus size » à ses heures, elle est surtout devenue la plus drôle des « Facebookeuses » beauté. « Coucou les girls », ses tutos décalés qu’elle filme et met en ligne sur le réseau social font mouche et sont vus des dizaines de milliers de fois. Jamais méchante, elle détourne gentiment les Youtubeuses souvent très « premier degré ».

Son objectif : rappeler que la réalité est souvent à mille lieues de la beauté « Instagram » et que l’on peut s’aimer et se sentir belle, même en pyjama et sans maquillage. Petit à petit, Juliette a envie de tourner, parallèlement à ces tutos, des vidéos un peu plus sérieuses pour aider celles qui la suivent à s’aimer. Un objectif avec lequel on adhère à 100% chez Holissence et qui nous a donné envie d’échanger avec Juliette…

Comment sont nées tes vidéos « Coucou les girls » ?

Un peu par hasard en fait. J’avais l’habitude de regarder les tutos beauté des Youtubeuses avant de dormir. Ça agissait un peu comme un calmant sur moi ! Mais souvent, je me faisais la réflexion que tout cela était quand même très loin de mon quotidien. Un jour, j’ai fait une mini vidéo que j’ai postée sur mon compte Facebook, pour rire. Et j’ai récolté plein de likes. Je me suis dit qu’il y avait peut-être de la place pour ça, un peu de second degré.

Je ne veux pas être méchante, l’objectif n’est pas de me moquer de ces filles, juste ramener les femmes qui me regardent à la normalité et la vraie vie, celle dans laquelle on n’est pas forcément maquillée à la perfection, où les plats qu’on se prépare ne ressemblent pas à un post Instagram, etc. Et dire que ça n’est pas grave, on a le droit de s’aimer quand même

Justement, c’est quoi ton rapport à ton corps, à ton image ? Est-ce que tu t’aimes ?

Disons que je m’aime de plus en plus. Mais ça n’a pas toujours été simple. J’ai toujours eu des kilos en trop, depuis l’enfance. Et j’ai très vite été moquée, énormément. Je déclenchais chez les garçons quelque chose de très violent. Ma mère, en plus, n’arrêtait pas de me dire, « c’est dommage, tu as un beau visage, si tu étais mince tu serais jolie ». Ça ne m’aidait pas trop. À 13 ans, je suis partie en cure d’amaigrissement. Ça a marché, j’ai perdu 20 kilos. Et quand je suis revenue au collège, tous les garçons qui m’insultaient avant, voulaient sortir avec moi…

Par la suite, j’ai fait du yoyo toute ma vie. J’ai perdu beaucoup de poids et j’en ai repris le double. Je me sens mieux, personnellement, avec des kilos en moins, on ne va pas se mentir. Mais j’ai accepté qui j’étais. Actuellement, je fais attention, j’essaie de manger sainement, de faire du sport. Parce que je veux prendre soin de moi, pas pour être mince, mais pour être bien dans mon corps.

Comment es-tu parvenue justement à faire la paix avec toi-même ?

La chose qui m’a le plus aidée à m’aimer, c’est le développement personnel. J’ai été accompagnée par une coach, qui m’a appris à accepter mes failles, mes qualités. À comprendre que je mangeais énormément par désir d’autodestruction. Que je devais être bienveillante avec moi-même.

C’est quoi ton rapport à la féminité ?

Mon rapport à la féminité a longtemps été compliqué parce que j’associais féminité et sexe. Je ne me sentais féminine que lorsque j’étais désirée. Ce qui m’a plongée dans des histoires malsaines durant des années. Je pense que je m’estimais tellement peu que seul le regard d’un homme parvenait à me valoriser. J’avais tellement dénigré mon corps que si un mec beau me regardait, je me disais, « celui-là je le lâche pas».

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, j’ai un amoureux qui me regarde avec bienveillance, pour ce que je suis, pas uniquement pour mon enveloppe corporelle. J’ai appris à accepter mes complexes, on en a toutes, qu’on fasse un 36 ou un 52. Ce qui compte c’est s’aimer ! Je me fiche désormais totalement du regard des autres ! J’essaie aussi de ne pas dissocier mon corps du reste. Je le bichonne. Le sport m’aide beaucoup parce qu’en faisant du sport, surtout quand on est ronde, on le « ressent ». On ne peut plus l’oublier dans un coin ! Mais ce chemin est long, parce que ça n’est pas évident de lutter contre ses pulsions et de remettre en question des schémas ancrés en nous !

Quel conseil donnerais-tu aux femmes qui veulent s’aimer davantage ?

Je crois que le premier conseil à donner, c’est d’arrêter de se comparer. Parce que ça ne sert à rien. Et puis aussi de se faire confiance. Parce qu’on sait au fond de nous ce qui est bon pour nous…