© Julien Falsimagne

Les conférences Cinéphilo avec Ollivier Pourriol, philosophe, auteur et conférencier

En quête d’idées et d’activités qui pourront réenchanter notre vie d’après, nous avons échangé avec Ollivier Pourriol, normalien agrégé de philosophie et créateur des séances Cinéphilo. Rencontre avec un passionné de fiction.

Merci d’avoir accepté cette interview. Parlez-nous de vos deux passions : la philosophie et le cinéma. Comment combinez-vous ces intérêts ?

En réalité, je m’intéresse à la fiction. Et la philosophie fait partie de ces fictions qui me captivent et m’aident à voir le monde. À chaque fois que j’ai aimé un philosophe, c’est parce qu’il me donne des idées de fictions, d’histoires, de possibles. À l’inverse, lorsque je trouve qu’une histoire, un film, est beau, ça me donne à penser. C’est comme si j’avais besoin de ces deux jambes pour marcher.

Quand c’est bien fait, le cinéma dynamise l’imaginaire tandis que la philosophie est abstraite. Sans oublier le lien avec les émotions, car nous ne sommes pas juste un esprit, un corps et un cœur mais l’organisation de tous ces éléments, plus ou moins harmonieuse ou anarchique.

Écrivain, philosophe, scénariste, conférencier… Vous avez beaucoup de cordes à votre arc, qu’est ce qui rassemble ces multiples activités ?

Le plaisir d’inventer et de comprendre. En ce moment, je m’oriente vers le scénario, la série TV, le cinéma pour l’écriture et la réalisation de films et de séries. C’est toujours la même chose au final, on essaye d’inventer des histoires, vraies sur le plan des émotions comme des idées.

Vous avez lancé un format original Cinéphilo, de quoi s’agit -il ?

J’ai commencé à développer ce format quand j’enseignais en classe de terminale. L’idée est de visionner des extraits de films pour les associer à des textes. Le premier film étudié était « Fight Club ». Les niveaux d’analyse y sont nombreux. On peut notamment faire un parallèle avec le tryptique de Freud du « Ça, Moi et Surmoi ». Le Ça est représenté par Brad Pitt, le Moi par Edward Norton, et il n’y a pas de Surmoi, c’est ce qui donne l’occasion du film.

Au-delà du caractère amusant, je me suis aperçu du lien très profond entre le cinéma et la philosophie. Et c’est suite à ma rencontre avec Elisha Karmitz, actuellement directeur de MK2, qu’en 2006 nous avons commencé à faire des séances Cinéphilo au MK2 Bibliothèque dans le 13ème arrondissement de Paris. Elles sont l’occasion d’analyser des extraits de films et de réfléchir à des thèmes choisis comme la musique ou la violence.

Ce format permet d’être à la fois très accessible et exigeant. Il y a un plaisir évident à alterner les extrais de films et les analyses. De plus, la capacité d’attention de l’être humain est discontinue, faite de hauts et de bas comme la mer et ses vagues. Aussi l’alternance des extraits et analyses permet de stimuler l’attention et la réflexion de ceux qui participent à ces conférences, et d’être plus pertinent. Je crois beaucoup à l’être humain multicouches : l’intellect, l’affect… J’aime explorer ça grâce au cinéma. Nous avons déjà organisé 9 saisons avec des années thématiques : écologie, guerre, santé…

Juste avant le confinement, j’ai tenté une expérience intergénérationnelle au forum des images, en donnant la priorité aux enfants pour la parole. J’en ai également fait un petit à l’occasion du dernier rendez-vous FeelGood Madame Figaro en partenariat avec Holissence. J’espère reprendre les séances Cinéphilo dès septembre.

À la rentrée, je vais également reprendre un cours gratuit sur la santé spirituelle, à la Chaire de philosophie à l’hôpital où je suis chercheur associé et qui se déroule dans le grand amphi de l’Hôpital Saint-Anne.

Vous êtes également auteur, notamment d’ouvrages au sujet de l’expérience Cinéphilo, pouvez-vous nous en dire plus ?

Effectivement, en ce qui concerne mes publications, deux livres traitent de l’expérience Cinéphilo : Cinéphilo : les plus belles questions de la philosophie sur le grand écran, dont la nouvelle édition est disponible en ligne et Vertiges du désir, comprendre le désir par le cinéma, édité chez Robert Laffont et en version numérique.

Mon dernier livre, Facile, l’art français de réussir sans forcer est celui qui a le plus d’impact pratique immédiat, il parle à des gens très différents. C’est un recueil de réflexions et de pratiques d’experts de domaines très variés. On y rencontre des philosophes comme Descartes ou Deleuze, des écrivains comme Stendhal ou Françoise Sagan, des artistes comme la pianiste Hélène Grimaud ou le cuisinier Alain Passard. Mais aussi des athlètes : Yannick Noah, Zinedine Zidane, l’apnéiste Jacques Mayol ou le funambule Philippe Petit. Enfin Cyrano de Bergerac ou Valmont… Tous lancés à la poursuite de cet idéal français qui consiste, dans un subtil équilibre, à savoir suivre sa pente sans jamais tomber dans la facilité.

Comme son nom l’indique l’idée est de voir comment on peut exceller sans forcer. Simone Weil donne cette même idée lorsqu’elle explique que l’attention est un effort négatif, un anti-effort. À partir du moment où on force, on est trop fatigué pour comprendre. Il faut se reposer.

La notion de rythme est essentielle et c’est une grande oubliée de l’enseignement philosophique en France. L’esprit n’est pas continu, et si on n’intègre pas cette variation permanente dans notre manière de travailler, on force à des moments où il vaut mieux se reposer. Les grands athlètes savent combiner l’action et le relâchement, mettre l’accent au moment de l’impulsion, et garder une respiration calme au cœur même d’une course. J’y intègre également des postures et une partie psychique avec l’analyse de François Roustang qui raconte des expériences cliniques.

Nous sommes actuellement en période de déconfinement. Qu’avez-vous pu remarquer lors de ces derniers mois hors normes ? Quels enseignements en tirer ?

Le Feel Good n’est possible que sur fond de liberté au sens politique du terme. J’ai un goût physique pour la liberté, c’est presque un sentiment biologique, je trouve physiquement insupportable d’en être privé, l’idée d’avoir une liberté surveillée, ça devient irrespirable. Je pense que si les gens se sont sentis si mal, c’est parce qu’on a pu sentir la fragilité de notre économie et de nos libertés.

En effet, avec ce couvercle sur les libertés d’aller et venir et les contrôles arbitraires, j’ai le sentiment d’avoir compris la nature de la liberté. Comme quand on est malade et que d’un coup on retrouve la santé, on perçoit mieux les plaisirs essentiels, dès lors qu’on en a été privé.

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