Intimité féminine : pourquoi les femmes osent encore si peu parler de douleur, de désir et de bien-être intime

Sécheresse vaginale, douleurs pendant les rapports, inconfort intime, fuites urinaires, baisse de libido… Ces sujets concernent de nombreuses femmes mais restent encore trop souvent tus. Pour comprendre pourquoi l’intimité féminine demeure un angle mort du bien-être, Holissence a interrogé le Dr Nadège Roquet, gynécologue-obstétricienne spécialisée en gynécologie esthétique, fonctionnelle et chirurgie intime à Bordeaux.

Qui est le Dr Nadège Roquet ?

Le Dr Nadège Roquet est gynécologue-obstétricienne, spécialisée dans la gynécologie esthétique et fonctionnelle ainsi que dans la chirurgie intime féminine. Elle exerce au sein du Pôle Chirurgie de la Clinique Esthétique Aquitaine à Bordeaux, où elle accompagne les femmes à différentes étapes de leur vie intime : adolescence, sexualité, maternité, post-partum, quarantaine, ménopause ou encore vieillissement des tissus vulvo-vaginaux.

À travers son site Chirurgie Intime Femme, elle présente une approche médicale centrée sur l’écoute, le confort, la santé intime et la confiance en soi. Ses consultations abordent notamment la sécheresse vaginale, les douleurs vulvaires, les fuites urinaires, les troubles de l’orgasme, le relâchement vaginal, les complexes liés à l’anatomie intime ou encore les solutions de médecine intime et de chirurgie intime.

Son approche rappelle une chose essentielle : l’intimité féminine ne relève ni de la superficialité ni de la honte. Elle fait pleinement partie de la santé, du bien-être et du rapport des femmes à leur corps.

Sécheresse, douleurs, libido : des sujets encore tabous chez les femmes

Le bien-être féminin ne se limite plus aujourd’hui au yoga, à la méditation ou aux routines skincare. Pourtant, un territoire entier du corps continue d’être relégué au silence : l’intimité féminine. Douleurs pendant les rapports, sécheresse vaginale, perte de désir, inconfort intime, fuites urinaires… Autant de symptômes vécus par de nombreuses femmes mais encore largement tus.

Pour le Dr Nadège Roquet, ce silence est profondément ancré dans notre culture. Il s’explique d’abord par la pudeur qui entoure encore la sexualité féminine, mais aussi par une injonction ancienne faite aux femmes : supporter, composer, faire avec.

« Les femmes ont tendance à être dures avec elles-mêmes et beaucoup se comparer aux autres en se sentant inférieures », observe-t-elle. Même entre bonnes amies, certaines réalités restent difficiles à verbaliser, notamment lorsqu’elles touchent au désir, à la sexualité ou à l’image intime de soi.

Pourquoi l’intimité féminine reste-t-elle si difficile à évoquer ?

Selon le Dr Nadège Roquet, trois éléments sociétaux pèsent encore lourdement dans le silence qui entoure l’intimité féminine.

Le premier est la pudeur autour de la sexualité des femmes. Malgré l’évolution des discours, le corps féminin reste chargé de normes, d’interdits implicites et de représentations contradictoires.

Le deuxième est cette habitude, profondément intégrée, de considérer la douleur féminine comme presque ordinaire. Beaucoup de femmes apprennent à minimiser leurs gênes, leurs douleurs ou leurs symptômes, comme s’ils faisaient simplement partie de leur condition.

Le troisième tient à l’image de la femme supposée tout réussir : mère, amante, professionnelle, amie, toujours disponible, toujours désirable, toujours maîtrisée. Dans ce tableau idéalisé, les inconforts, les douleurs sexuelles ou la baisse du désir trouvent difficilement leur place.

Ce silence entretient une illusion : celle que les autres femmes vivent leur intimité sans difficulté. En réalité, beaucoup traversent les mêmes questionnements, mais ne se l’avouent pas toujours.

Les symptômes intimes les plus fréquents… dont on parle trop peu

Dans sa pratique, le Dr Nadège Roquet observe des problématiques récurrentes, encore souvent banalisées. Les femmes consultent pour des douleurs, des irritations, des douleurs pendant les rapports, une sécheresse vaginale, des fuites urinaires ou une perte de sensibilité pouvant avoir un retentissement sur la libido.

Ces symptômes sont trop souvent associés à tort aux « problèmes de femmes âgées ». Or ils peuvent survenir à tous les âges. Une jeune femme peut par exemple souffrir de fuites urinaires après une grossesse, mais aussi sans avoir eu d’enfant, notamment lorsqu’elle pratique intensément certains sports comme la course à pied.

Cette confusion contribue à retarder les consultations. Beaucoup de femmes pensent que ces troubles ne les concernent pas encore, qu’ils sont liés à la ménopause ou qu’ils ne justifient pas une prise en charge. Pourtant, l’inconfort intime n’est jamais anodin lorsqu’il altère le quotidien, la sexualité, la confiance ou la relation au corps.

Douleurs pendant les rapports : à partir de quand faut-il consulter ?

La réponse du Dr Nadège Roquet est claire : avoir mal n’est pas normal.

Dès lors qu’un symptôme existe, il mérite d’être entendu. Douleurs pendant les rapports, brûlures, sécheresse, irritations, gêne dans les vêtements, baisse de plaisir ou appréhension de l’intimité ne doivent pas être minimisées.

« Aucune femme ne doit ressortir d’une consultation avec pour réponse : je ne vois rien, c’est dans votre tête, ou bien il n’y a rien à faire », affirme-t-elle.

Cette phrase résume un enjeu majeur de la santé féminine : sortir de la banalisation des douleurs et reconnaître que les symptômes intimes nécessitent une écoute médicale, des explications et, lorsque cela est possible, une réponse thérapeutique adaptée.

Intimité féminine et sexualité : sortir d’une vision uniquement reproductive

On associe encore souvent l’intimité féminine à la santé reproductive : contraception, grossesse, accouchement, fertilité, ménopause. Pour le Dr Nadège Roquet, cette vision est aujourd’hui profondément réductrice.

« La sexualité féminine n’a heureusement pas qu’une fonction reproductrice », rappelle-t-elle.

Le plaisir, l’épanouissement sexuel, la sensualité et la confiance intime doivent être considérés comme des dimensions à part entière de la vie des femmes. L’histoire récente le rappelle : la pilule contraceptive a été inventée en 1956, autorisée en France en 1967 et la loi Veil sur l’interruption volontaire de grossesse a été promulguée en 1975. L’autonomie sexuelle et reproductive des femmes est donc une conquête encore relativement récente.

Aujourd’hui, les femmes ne veulent plus être réduites au rôle d’épouse ou de mère. Elles revendiquent une vie intime qui leur appartient, avec ses désirs, ses fragilités, ses évolutions et ses besoins.

Post-partum, quarantaine, ménopause : quand le corps demande des réajustements

Le post-partum, la quarantaine et la ménopause sont des moments clés dans la vie des femmes. Ils transforment le rapport au corps, à la sexualité, à l’image de soi et à l’intimité.

Les bouleversements hormonaux peuvent influencer l’humeur, le poids, la concentration, la qualité des muqueuses, le désir ou encore le confort sexuel. Ces changements ne sont pas seulement physiques. Ils touchent aussi à la manière dont une femme se perçoit, se reconnaît ou non dans son corps, et se sent disponible à l’intimité.

Pour le Dr Nadège Roquet, ces étapes nécessitent avant tout de l’indulgence. Il s’agit de comprendre ce qui change, de ne pas culpabiliser et de s’adapter avec des solutions ajustées à chaque situation.

Gynécologie esthétique : soin intime ou injonction sociale ?

La gynécologie esthétique reste parfois controversée, comme si toute demande concernant l’apparence intime relevait nécessairement d’une pression sociale. Le Dr Nadège Roquet nuance fortement cette idée.

Selon elle, l’intimité étant une zone peu exposée, les femmes consultent rarement à la suite d’une remarque extérieure. « C’est une infime minorité de femmes qui consulte après la remarque désobligeante d’un ou une partenaire », explique-t-elle.

Contrairement à ce que l’on imagine, les femmes ne comparent généralement pas leur intimité entre elles. Certaines ressentent pourtant un complexe très personnel, lié à une anatomie qui leur déplaît, à un vieillissement des tissus ou à un sentiment de décalage entre leur corps intime et l’image qu’elles ont d’elles-mêmes.

La spécialiste rappelle aussi que l’immense majorité des patientes présente une gêne fonctionnelle associée : douleurs pendant les rapports, gêne dans les vêtements ou les sous-vêtements, inconfort au quotidien. La démarche ne relève donc pas uniquement de l’esthétique. Elle peut être aussi une recherche de confort, de confiance et de mieux-être.

Peut-on parler de réappropriation du corps féminin ?

Pour le Dr Nadège Roquet, oui. Les femmes ressentent aujourd’hui le besoin de se sentir en confiance et en harmonie avec elles-mêmes jusque dans leur intimité.

Cette réappropriation ne signifie pas tout montrer, tout exposer ou tout transformer. Elle consiste plutôt à ne plus considérer l’intimité comme une zone honteuse ou secondaire. Elle devient une partie du corps que l’on peut connaître, écouter, soigner et habiter pleinement.

Dans sa pratique, cela se traduit par des patientes qui souhaitent conserver ou retrouver un aspect qui correspond à leur silhouette, à leur âge ou à leur ressenti intime. Derrière ces demandes, il y a souvent une quête d’alignement entre le corps vécu et le corps perçu.

Bien-être global : pourquoi oublie-t-on encore le bien-être intime ?

On parle de plus en plus de santé mentale, de sommeil, de nutrition, de sport, de peau, de longévité et d’équilibre hormonal. Mais le bien-être intime reste encore à la marge des discours.

Pour le Dr Nadège Roquet, cette invisibilisation est directement liée au tabou persistant autour de la sexualité féminine. Le plaisir féminin passe encore trop souvent au second plan, y compris dans les conversations sur la santé et le bien-être.

Les femmes elles-mêmes ont parfois intégré l’idée qu’elles doivent composer avec l’inconfort, la gêne ou la douleur. Heureusement, les choses évoluent. De plus en plus de femmes prennent la parole publiquement, consultent, questionnent et refusent de considérer leurs symptômes comme une fatalité.

“Toutes les vulves sont normales” : l’idée reçue à déconstruire

S’il y a une idée reçue que le Dr Nadège Roquet souhaite déconstruire, c’est celle d’une norme unique de l’anatomie intime.

« Toutes les vulves sont normales. Il y a autant de femmes que d’anatomies intimes », rappelle-t-elle.

L’intimité féminine ne devrait plus être perçue comme quelque chose de honteux, de sale ou à cacher. Elle n’a pas vocation à être exposée à tous, mais elle peut être considérée comme une zone précieuse, intime, personnelle, dévoilée aux êtres choisis.

Dès l’enfance, les petites filles entendent souvent des injonctions comme « baisse ta jupe » ou « croise les jambes ». Pour la spécialiste, ces messages devraient être formulés autrement : non pas comme si cette zone était honteuse, mais comme si elle était précieuse, digne de pudeur et de respect.

Comment mieux comprendre et prendre soin de son intimité ?

Le premier conseil du Dr Nadège Roquet est simple, mais encore trop peu pratiqué : regarder son intimité dans un miroir.

Beaucoup de femmes connaissent mal leur anatomie. Or cette connaissance est essentielle pour mieux comprendre son corps, repérer des changements, formuler ses symptômes et vivre une sexualité plus consciente.

Prendre soin de son intimité, au-delà du médical, signifie aussi adopter une routine adaptée. Comme la peau du visage, la peau et les muqueuses intimes sont fines et fragiles. Elles nécessitent des gestes doux, des produits spécifiquement conçus et une attention régulière.

« Nous avons une routine skincare pour le visage. Pour garder une intimité en bonne santé, avoir une routine de toilette et de soins gynécologiques est tout aussi capitale », souligne le Dr Nadège Roquet.

Le bien-être intime, une dimension essentielle de la santé des femmes

Le bien-être intime reste encore un angle mort des conversations autour de la santé féminine. Pourtant, il touche directement à la qualité de vie, à la confiance en soi, à la sexualité et au rapport au corps.

Parler de sécheresse vaginale, de douleurs sexuelles, de libido, de fuites urinaires ou d’inconfort intime ne relève pas de l’anecdotique. C’est reconnaître que la santé des femmes ne peut plus être pensée uniquement sous l’angle reproductif ou esthétique.

C’est aussi rappeler une évidence encore trop peu entendue : aucune douleur féminine ne devrait être minimisée, banalisée ou réduite au silence.

FAQ — Intimité féminine

Est-il normal d’avoir mal pendant les rapports sexuels ?

Non. Les douleurs pendant les rapports ne doivent pas être considérées comme normales. Elles justifient une consultation afin d’identifier leur origine et de proposer une prise en charge adaptée.

La sécheresse vaginale concerne-t-elle uniquement la ménopause ?

Non. La sécheresse vaginale peut apparaître à différents âges, notamment après un accouchement, lors de variations hormonales, en période de stress ou à la ménopause.

Les fuites urinaires touchent-elles seulement les femmes âgées ?

Non. Elles peuvent concerner des femmes jeunes, notamment après une grossesse ou chez certaines sportives, y compris sans enfant.

Pourquoi les femmes parlent-elles encore peu de leur intimité ?

Les tabous autour de la sexualité féminine, la pudeur, la honte et l’habitude de banaliser la douleur expliquent en partie ce silence.

Comment mieux connaître son intimité féminine ?

Le Dr Nadège Roquet recommande notamment d’apprendre à observer son anatomie avec un miroir, afin de mieux se connaître, mieux comprendre son corps et mieux formuler ses ressentis.

Sources

Interview exclusive du Dr Nadège Roquet pour Holissence.

Site officiel du Dr Nadège Roquet : chirurgie-intime-femme.com.