Quand Chanel transforme la beauté en conversation artistique

Au Jeu de Paume, le cycle « Le 7 à 9 de Chanel » explore les multiples visages de la beauté contemporaine

Il est 19 heures passées dans l’une des salles du Jeu de Paume, au cœur du jardin des Tuileries. Les fauteuils se remplissent peu à peu, les conversations se font discrètes, les regards se tournent vers la scène. Face au public, un artiste, un étudiant et une journaliste entament une discussion. Le sujet ? La beauté. Mais pas celle que l’on imagine.

Depuis décembre 2024, la maison Chanel et le Jeu de Paume organisent « Le 7 à 9 de Chanel », un cycle de rencontres qui interroge la manière dont la beauté est représentée dans l’image contemporaine. Photographes, cinéastes et artistes visuels y viennent partager leur vision, dialoguer avec la jeune génération et réfléchir à la place de l’esthétique dans un monde saturé d’images.

À première vue, l’initiative pourrait passer pour un simple programme culturel sponsorisé par une marque de luxe. Mais l’ambition est ailleurs : transformer la beauté — cœur de l’identité de Chanel — en un sujet de réflexion artistique et intellectuelle.

La beauté comme terrain de dialogue

Chaque rendez-vous dure environ une heure et demie et est animé par la journaliste et critique d’art Anaël Pigeat. Le principe est simple : inviter un artiste de renom à dialoguer avec des étudiants issus d’écoles et d’institutions partenaires, parmi lesquelles l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles, l’ENS Louis-Lumière, l’École des arts décoratifs ou encore l’EHESS.

Ce dispositif crée un espace de conversation rare dans le paysage culturel parisien : un échange direct entre artistes reconnus et jeunes créateurs en devenir.

Pour Quentin Bajac, directeur du Jeu de Paume, cette configuration n’est pas anodine. Elle permet de faire émerger une parole différente, plus spontanée : un dialogue entre générations où la curiosité des étudiants devient moteur de la discussion.

Le public, souvent composé de jeunes passionnés d’art et d’image, participe également à cette dynamique. L’atmosphère tient autant de la conférence que de la conversation ouverte.

Une programmation qui traverse les frontières de l’image

La saison 2026 prolonge cette exploration avec une série d’artistes dont les pratiques interrogent chacune, à leur manière, la représentation du réel.

Le 16 mars, l’artiste et réalisateur Clément Cogitore ouvrira la programmation. Connu pour ses installations immersives et ses films, il explore la manière dont les images agissent sur la psyché du spectateur, oscillant entre fascination et trouble.

En avril, la photographe sud-africaine Zanele Muholi, récemment récompensée par le prestigieux prix Hasselblad, viendra présenter un travail profondément engagé. À travers ses portraits, elle documente les communautés noires queer et questionne les violences et les invisibilisations dont elles sont victimes.

Au printemps également, le photographe mexicain Rodrigo Chapa proposera une réflexion sur la perception visuelle et la phénoménologie de la couleur, tandis que l’Allemand Thomas Struth, figure majeure de la photographie contemporaine, interrogera notre rapport aux paysages, aux architectures et aux portraits.

Autant de regards qui témoignent de la diversité des formes que peut prendre la beauté aujourd’hui.

Déplacer les frontières de l’esthétique

Les précédentes éditions ont déjà accueilli des figures majeures de la photographie et de l’image, telles que Sarah Moon, Nick Knight, Viviane Sassen ou encore Omar Victor Diop.

Tous ont en commun d’avoir déplacé les codes traditionnels de l’esthétique.

Chez Nick Knight, la beauté est souvent décontextualisée, presque irréelle, façonnée par la lumière et les manipulations numériques. Chez Omar Victor Diop, elle devient un outil de réécriture de l’histoire : ses portraits réinventent la mémoire africaine et donnent une visibilité nouvelle à des figures longtemps oubliées.

Quant à Viviane Sassen, son travail à la frontière de la photographie de mode et de l’art contemporain transforme les corps en sculptures abstraites, où la couleur et la lumière composent un langage visuel singulier.

À travers ces œuvres, la beauté cesse d’être un idéal figé pour devenir une question ouverte.

Une stratégie culturelle pour le luxe

En s’associant au Jeu de Paume, Chanel poursuit une stratégie culturelle que la maison développe depuis plusieurs années : inscrire la beauté dans un dialogue avec les arts.

Plutôt que de célébrer une vision figée de l’esthétique, la marque choisit d’en explorer les multiples interprétations. Elle crée ainsi un espace où artistes, étudiants et public peuvent réfléchir ensemble aux images qui façonnent notre regard.

Dans un monde où la beauté est souvent réduite à une promesse marketing, « Le 7 à 9 de Chanel » propose un geste inverse : ralentir, observer et penser.

Peut-être est-ce là la véritable ambition de ces soirées : rappeler que la beauté, avant d’être un produit, est d’abord une idée.

Programmation 2026 (printemps / été)

  • 16 mars — Clément Cogitore
  • 20 avril — Zanele Muholi
  • 18 mai — Rodrigo Chapa
  • 22 juin — Thomas Struth

Les dates peuvent être modifiées.

Jeu de Paume
1, place de la Concorde
Jardin des Tuileries
75001 Paris
Métro : Concorde (lignes 1, 8, 12)

Les rencontres ont lieu le lundi de 19h à 21h.
L’événement est gratuit, mais l’inscription est obligatoire.
Inscription : La réservation se fait en ligne sur le site du jeudepaume.org