Par la rédaction Holissence · 28 septembre 2026 · Lecture 9 min
Jamais les clubs n’avaient délivré autant de licences. Jamais, surtout, les Français n’avaient autant couru, marché, nagé ou tapé dans une balle en dehors de tout club. Deux ans après les Jeux de Paris, l’élan olympique retombe doucement, mais le pays a pris goût au mouvement. Reste une question que se posent tous ceux qui lacent leurs baskets un dimanche matin : qu’est-ce que tout cela fait, au juste, à notre corps et à notre tête ?
Il est 7 h 30, un mardi de septembre. Les courts de padel de la périphérie parisienne affichent complet. Sur les quais, les coureurs du matin se croisent en hochant la tête, comme les membres d’une confrérie discrète. Dans un dojo de quartier, un cours de judo réunit des adolescents et des tempes grises. Le soir, les salons se transforment en studios de yoga improvisés, un tapis déroulé entre le canapé et la table basse. Le sport français ne ressemble plus tout à fait à celui des années 2000 : il est plus éclaté, plus autonome, plus mixte. Et il n’a jamais été aussi populaire.
Un record en pente douce
Les chiffres viennent de tomber. Ils ont le goût d’une ligne d’arrivée franchie en bout de souffle. Selon l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP), les 119 fédérations sportives agréées ont délivré 17,4 millions de licences en 2025. C’est un record historique. Mais la hausse n’est que de 1,7 %, quand elle avait atteint 3,8 % en 2024, l’année olympique. Pour 2026, l’institut table sur un quasi-plateau : plus 0,4 %.
Pour mesurer le chemin parcouru, il faut se souvenir d’où l’on vient. En 2021, la crise sanitaire avait fait perdre au sport fédéré plus d’une licence sur cinq, environ 3,5 millions en deux saisons. Les gymnases fermés, les compétitions annulées, les enfants restés à la maison : le mouvement associatif a vacillé. Il lui a fallu deux ans pour retrouver son niveau d’avant crise, puis les Jeux ont fait le reste. Les images de Léon Marchand dans le bassin de La Défense, les foules massées le long du marathon pour tous, les médailles paralympiques ont donné envie. L’effet a été réel. Il s’essouffle, comme s’essoufflent tous les effets de mode, pour laisser place à quelque chose de plus durable.
La France qui court sans licence
Car la licence ne dit qu’une partie de l’histoire. Sans doute pas la plus intéressante. La vraie révolution se joue ailleurs : sur les trottoirs, dans les parcs, dans les applications de course qui transforment chaque sortie en courbe partagée. Le Baromètre national des pratiques sportives, publié par l’INJEP et le CRÉDOC en décembre 2025, en donne la mesure. 61 % des Français de 15 ans et plus pratiquent désormais une activité physique au moins une fois par semaine. C’est sept points de plus qu’en 2018. En comptant la marche ou le vélo pour aller travailler, plus de huit Français sur dix bougent dans l’année.
Leur sport préféré n’a rien de glamour : c’est la marche, suivie de près par la course. Viennent ensuite la gym et le fitness, la natation et le vélo. Surtout, cette France sportive s’organise seule. La pratique autonome domine très largement, loin devant le club. On court quand on peut, entre deux réunions, avant que les enfants se réveillent. Le sport s’est glissé dans les interstices de la vie.
C’est là que se niche l’un des paradoxes les plus parlants de l’époque. Les femmes ne représentent que 38,8 % des licences, une part qui recule même légèrement en 2025. Pourtant, dans le Baromètre, l’écart de pratique régulière entre femmes et hommes n’est plus que d’un point, contre six en 2018. Les femmes font donc presque autant de sport que les hommes. Elles le font simplement ailleurs : sur un tapis de pilates, dans un studio de yoga, en courant seules au petit matin. Le club, avec ses vestiaires et ses championnats, reste un territoire plus masculin.
Un autre écart, lui, résiste. 70 % des diplômés du bac ou plus pratiquent régulièrement, contre 52 % de ceux qui n’ont pas ce diplôme. Le sport a beau se démocratiser, il reste un marqueur social.
Le padel, le tatami et les cheveux gris
Si l’on cherche le sport de l’année, il tient dans une cage de verre de vingt mètres sur dix. Les sports de raquette signent la plus forte progression de 2025, avec 8,2 % de licences supplémentaires. Le football reste le géant incontesté avec 2,37 millions de licenciés, le tennis suit avec 1,23 million, mais c’est le padel, encadré en France par la Fédération française de tennis, qui fait souffler un vent nouveau. On y joue à quatre, on y rit beaucoup, on progresse vite. Il a quelque chose du tennis sans l’austérité de l’apprentissage. De l’apéro, il garde l’ambiance, sans le verre à la main.
Plus inattendue, la poussée des arts martiaux (plus 5,3 %) et des sports de combat (plus 5 %) raconte une autre envie : celle d’un corps maîtrisé, d’une discipline, d’une confiance à reconstruire. Le parasport, dans le sillage des Jeux paralympiques, progresse de 4 %. Seul le sport scolaire et universitaire recule, de 3 %, un signal à surveiller tant l’école reste la première porte d’entrée pour les enfants éloignés du sport.
Mais la donnée la plus réjouissante de l’année concerne une génération que l’on n’attendait pas là. Les licences des plus de 55 ans progressent de 4 %, quatre fois plus vite que celles des moins de 14 ans. Cours de gym douce, tennis du dimanche, randonnée en club : les seniors investissent les terrains. Et pour leur santé, c’est probablement l’une des meilleures nouvelles de la décennie.
Petit lexique
Licence sportive. Le sésame annuel délivré par une fédération agréée par le ministère des Sports, qui permet de jouer en club et souvent de concourir. Une personne peut en détenir plusieurs : 17,4 millions de licences ne font pas 17,4 millions de sportifs.
Pratique régulière. Pour les statisticiens de l’INJEP, au moins une séance d’activité physique ou sportive par semaine, en club ou non.
Activité physique. Pour l’Organisation mondiale de la santé, tout mouvement des muscles qui dépense de l’énergie. Le trajet à vélo compte autant que le match du samedi.
Padel. Sport de raquette né au Mexique à la fin des années 1960, joué en double sur un terrain fermé de parois vitrées, sur lesquelles la balle peut rebondir.
Ce que le mouvement fait au corps
Sur le fond, la science ne laisse guère de place au doute. L’activité physique est l’un des outils de prévention les mieux documentés de la médecine moderne. L’expertise collective de l’Inserm la décrit comme une thérapeutique à part entière, capable de prévenir et d’accompagner le traitement de nombreuses maladies chroniques, du diabète de type 2 aux maladies cardiovasculaires en passant par plusieurs cancers. L’OMS fixe la barre à 150 à 300 minutes d’activité modérée par semaine, soit vingt à quarante minutes par jour, complétées par deux séances de renforcement musculaire. Après 65 ans, elle ajoute des exercices d’équilibre.
La bonne nouvelle, c’est que le corps n’exige pas l’exploit. En 2022, une vaste méta-analyse publiée dans The Lancet Public Health a mis à mal le mythe des 10 000 pas : le risque de mortalité baisse à chaque palier, puis se stabilise autour de 6 000 à 8 000 pas quotidiens après 60 ans et de 8 000 à 10 000 avant. Ceux qui ne trouvent du temps que le week-end peuvent aussi se rassurer. Une étude parue dans JAMA Internal Medicine a montré que les « guerriers du week-end », qui concentrent leur activité sur une ou deux séances, affichent une mortalité nettement plus faible que les sédentaires.
Et le padel dans tout ça ? Les sports de raquette ont la cote chez les épidémiologistes. Dans une cohorte de plus de 80 000 Britanniques suivie par une équipe internationale et publiée en 2017 dans le British Journal of Sports Medicine, leur pratique était associée à une mortalité réduite de 47 %, devant la natation (moins 28 %) et le vélo (moins 15 %). Au Danemark, l’étude Copenhagen City Heart est allée plus loin encore en associant le tennis à près de dix années d’espérance de vie supplémentaires, contre un an et demi pour la salle de sport. Ses auteurs avancent une hypothèse séduisante : jouer à deux, rire, se retrouver apporterait un bénéfice propre. Prudence toutefois : ces études observent des associations. Les joueurs de tennis cumulent souvent d’autres avantages, à commencer par des revenus plus confortables. Quant au padel, trop récent, il n’a pas encore été étudié à cette échelle.
Le meilleur sport pour la santé n’est pas celui qui brûle le plus de calories. C’est celui que l’on a envie de refaire la semaine suivante.
Reste le grand oublié des Français : le muscle. Une méta-analyse publiée en 2022 dans le British Journal of Sports Medicine associe trente à soixante minutes de renforcement musculaire par semaine à une baisse de 10 à 20 % de la mortalité. Pompes, squats, élastiques ou pilates : nul besoin de soulever de la fonte. Avec l’âge, c’est même cette force et cet équilibre qui font la différence entre autonomie et fragilité. Une revue Cochrane a établi que les programmes d’exercice centrés sur l’équilibre, dont le tai-chi, réduisent d’environ un quart le nombre de chutes chez les personnes âgées. Les seniors qui poussent la porte des dojos ont décidément tout compris.
Ce qu’il fait à l’esprit
Demandez aux Français pourquoi ils bougent : la santé arrive en tête, devant la détente. Ils ont raison sur les deux tableaux. En 2024, le BMJ a publié une méta-analyse de 218 essais cliniques consacrés à l’exercice et à la dépression. Sa conclusion est nette : l’activité physique réduit les symptômes dépressifs. La marche ou la course, le yoga et le renforcement musculaire comptent parmi les pratiques les plus efficaces. Plus l’intensité est soutenue, plus l’effet est marqué. Le sport ne remplace pas un suivi médical, mais il en devient un allié sérieux.
Les écrivains l’avaient pressenti bien avant les statisticiens. Dans Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, Haruki Murakami raconte comment la course quotidienne a structuré sa vie d’écrivain, comme une discipline de l’esprit autant que du corps. Le philosophe Frédéric Gros, dans Marcher, une philosophie, voit dans la marche une manière de se délester, de ralentir, de redevenir présent au monde. Près de deux mille ans plus tôt, le poète latin Juvénal souhaitait déjà « un esprit sain dans un corps sain ». La formule a fini sur les frontons des gymnases. La recherche contemporaine lui donne raison.
Il y a aussi ce que les chiffres peinent à saisir : le plaisir du collectif, la fatigue heureuse après l’effort, le rendez-vous hebdomadaire qui structure une semaine. Le succès du padel, des clubs de course urbains ou des cours collectifs dit peut-être d’abord cela. On ne cherche pas seulement à brûler des calories. On cherche à retrouver des gens.
L’autre France, celle qui reste assise
Le tableau serait incomplet sans son revers. En 2022, l’Anses estimait que 95 % des adultes français étaient exposés à un risque pour leur santé par manque d’activité physique ou par excès de temps assis. À l’échelle mondiale, selon une étude publiée dans The Lancet Global Health, près d’un adulte sur trois reste insuffisamment actif. Bouger une fois par semaine ne suffit pas à compenser dix heures passées devant un écran.
Parmi ceux qui ne pratiquent pas, le Baromètre de l’INJEP relève d’abord le manque d’envie, puis les problèmes de santé et le coût. Des obstacles très concrets, qui rappellent que le sport reste une question de temps, d’argent et de territoire autant que de volonté. Le recul du sport scolaire prend ici tout son sens : c’est souvent à l’école que se joue le premier contact, celui qui décidera d’une vie active ou non.
Et si le meilleur sport était celui qu’on refait ?
Au fond, la leçon de 2025 est plutôt rassurante. Il n’existe pas de sport parfait, ni de chemin unique. Le club convient à ceux qui ont besoin d’un cadre, d’un horaire et d’une équipe. La pratique solitaire convient aux vies fragmentées. L’essentiel est de réunir, sur une semaine, un peu d’endurance, un peu de force et un peu d’équilibre. Marcher pour aller au travail, descendre un arrêt plus tôt, prendre l’escalier : les pas comptent. Deux fois vingt minutes de renforcement suffisent pour commencer. Et si l’on reprend après une longue pause, que l’on a passé la cinquantaine ou que l’on vit avec une maladie chronique, un avis médical reste une précaution utile.
Pour le reste, choisissez ce qui vous fait envie. Le padel avec les amis, la course au lever du soleil, le yoga du soir, le judo à 60 ans. Le corps s’en souviendra. L’esprit aussi.
En bref
17,4 millions de licences sportives en 2025 : un record, mais une hausse ralentie à 1,7 % après les Jeux. Les sports de raquette (plus 8,2 %), les arts martiaux et les sports de combat mènent la danse. Les plus de 55 ans prennent le chemin des clubs.
61 % des Français bougent chaque semaine, surtout hors club. Les femmes pratiquent presque autant que les hommes, mais moins en fédération.
Pour le corps, l’activité physique réduit la mortalité et protège contre de nombreuses maladies chroniques. Pour l’esprit, elle réduit les symptômes dépressifs. L’OMS recommande 150 à 300 minutes par semaine et deux séances de renforcement. Le meilleur sport reste celui que l’on pratique durablement.
Vos questions sur les Français et le sport
Combien de licences sportives en France en 2025 ?
Les fédérations sportives agréées ont délivré 17,4 millions de licences en 2025, en hausse de 1,7 % sur un an, selon l’INJEP. C’est un record, mais la progression ralentit après les Jeux de Paris 2024.
Quel est le sport le plus pratiqué par les Français ?
En club, le football domine avec 2,37 millions de licences, devant le tennis. Toutes pratiques confondues, la marche et la course arrivent largement en tête.
Combien de Français font du sport régulièrement ?
61 % des personnes de 15 ans et plus pratiquent une activité physique ou sportive au moins une fois par semaine, selon le Baromètre national des pratiques sportives 2025 de l’INJEP et du CRÉDOC.
Quels sont les bienfaits du sport sur le corps et l’esprit ?
L’activité physique régulière réduit la mortalité et le risque de nombreuses maladies chroniques, préserve la force et l’équilibre avec l’âge et réduit les symptômes dépressifs, selon l’Inserm, l’OMS et une méta-analyse publiée dans le BMJ en 2024.
Combien de sport faut-il faire par semaine ?
L’OMS recommande aux adultes 150 à 300 minutes d’activité modérée par semaine (ou 75 à 150 minutes d’activité soutenue), plus deux séances de renforcement musculaire.
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Cet article a une visée informative et ne remplace pas un avis médical. Avant de reprendre une activité physique intense, en particulier après 50 ans, en cas de maladie chronique ou de traitement en cours, demandez conseil à votre médecin.